JAC 2007 «
N°13 (12 août) "Interview"
Depuis combien de temps jouez-vous ?
Cranshaw : Cela fait maintenant quarante-huit ans. J’ai joué pour la première fois avec Sonny en 1958. Vous n’étiez sans doute pas encore nés…
Qu’avez-vous appris ?
J’ai pris énormément de plaisir à l’épauler pendant cette période. Techniquement et en tant que musicien, Sonny est une superstar. Moi, je suis peut-être une star, mais lui, au niveau de l’impro, de la musique, c’est le top. Il passe beaucoup de temps, huit ou dix heures par jour, à jouer de la musique. Moi, je ne peux même pas en écouter aussi longtemps. Il est vraiment dédié à ça.
Que ressentez-vous quand vous jouez ensemble ?
C’est vraiment génial. Comme une expérience hors de son propre corps. Quand nous jouons, je suis sur scène mais j’écoute la même chose que vous. Mes mains et mes oreilles travaillent, je me laisse faire, mais mon corps est dans un deuxième monde. Quand je joue avec Sonny, la musique me traverse. Nous sommes en réseau les uns avec les autres, et je ne dépense aucune énergie. Regardez, j’ai bientôt 75 ans, et je ne suis pas fatigué après le concert. Pour moi, jouer, c’est comme dormir. J’en sors relaxé.
Comment avez-vous rencontré Sonny ?
C’était en 1958 sur un festival de jazz à Chicago. Je travaillais avec un batteur qui m’a proposé de jouer avec Sonny. J’en avais entendu parler mais je ne le connaissais pas. J’étais impressionné, je me disais que je n’avais pas le niveau. J’avais peur de dire oui, mais ils sont revenus à la charge. J’ai donc accepté, et à partir de là j’ai joué tous les concerts avec Sonny. Il m’a dit tout de suite qu’il savait que j’étais son bassiste car quand il changeait de clé sans prévenir, je le suivais instinctivement. La même musique nous traversait.
Quelle est votre motivation sur scène ?
J’adore que les gens ressentent ce que nous-mêmes ressentons. C’est aussi la motivation de Sonny : jouer en faisant en sorte que les gens ressentent et aiment ça.
Un mot sur Marciac ?
Je suis venu ici plusieurs fois, toujours avec Sonny. J’aime bien, l’ambiance est sympa, et j’aime bien les paysages du coin. Quand nous sommes venus pour la première fois, en 89, Sonny se demandait en traversant les champs devant qui il allait jouer ! Mais je dois repartir dès demain (ndlr : aujourd’hui), car je dois aller m’occuper de Hank Jones. Il a subi un triple pontage coronarien. Je l’aide à faire le ménage, la lessive, et quelques exercices...

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